La révolution hutu
Après la mort du Mwami Mutara, décédé sans héritier, son successeur, Kigeli V, illégitime aux yeux des Hutu et imposé par les conseillers du souverain défunt, applique une politique de fermeté dans la défense des privilèges de l'aristocratie tutsi. Les revendications socio-économiques ont pris, depuis la publication, en 1957, du Manifeste des Bahutu, une dimension politique, sous l'impulsion du Parmehutu (parti du Mouvement de l'émancipation hutu), et dégénère en affrontements communautaires. L'Église prend alors fait et cause pour la majorité hutu et l'administration coloniale laisse se développer les révoltes qui éclatent en novembre 1959 et qui ensanglantent le pays après l'assassinat d'un responsable politique hutu. Les Tutsi, très minoritaires, sont massacrés et pourchassés.
- 1960 : Le Mwami doit quitter le pays, plus de deux cent mille Tutsi en font de même.
- Janvier 1961 : La république est proclamée et un référendum, organisé quelques mois plus tard, rejetant par 80 % des voix la monarchie.
- Septembre 1961 : Le Parmehutu remporta les élections, obtenant 78 % des suffrages à l'Assemblée nationale.
- Le 26 octobre 1961 : Le dirigeant du Parmehutu, Grégoire Kayibanda, secrétaire de l'archevêque du Rwanda, est élu président de la République rwandaise.
Indépendance-
1er juillet 1962 : Sur l'insistance du Conseil de tutelle de l'ONU, la Belgique proclame l'indépendance du Rwanda. Le Parmehutu se transforme en Mouvement démocratique républicain (MDR), qui domine la vie politique pendant les dix ans qui suivent. Grégoire Kayibanda est successivement reconduit aux élections de 1965 et de 1969.
- 1963 : Une tentative de coup d'État des exilés Tutsi échoue et entraîne une nouvelle série de massacres perpétrés contre les Tutsi.
- 1966 : La violence reprend dans les écoles et à l'université, à la suite de l'incursion d'une poignée de Tutsi armés à la frontière sud. Enfin, quand des troubles éclatent au Burundi voisin, dominé par les militaires tutsi, qui ont supprimé la royauté, et que des Hutu cherchent refuge au Rwanda, il s'ensuit encore une nouvelle vague de violence à l'encontre des Tutsi. Mais des dissensions apparaissent également entre les Hutu du nord, chez lesquels la pression tutsi a été plus récente, et ceux du centre, et du sud du pays.
La deuxième République-
Juillet 1973 : Le président Kayibanda est déposé sans effusion de sang par le ministre de la Défense, le général Juvénal Habyarimana, un Hutu du Nord. Le Parlement et le MDR sont suspendus et, dans sa première déclaration officielle, le nouveau chef de l'État s'élève contre la politique de discrimination ethnique et régionale de son prédécesseur. Une politique qu'il reprend pourtant largement à son compte par la suite en instituant un système de quotas dans les écoles et l'administration. Ainsi, aucun Tutsi ne figure parmi les cent quarante-trois bourgmestres (maires) que compte le pays, pas plus qu'à la tête des dix préfectures.
- 1975 : Le président Habyarimana fonde son propre parti, le Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND).
- 1978 : Une nouvelle Constitution est adoptée qui entérine le régime de parti unique.
Après avoir déjoué un coup d'État en 1980, le président Habyarimana est reconduit sans opposition en 1983, puis en 1988.
- 1990 : La Belgique, la France et plusieurs pays d'Afrique centrale envoient des troupes au Rwanda pour contrer un coup d'État préparé par des exilés Tutsi à partir de l'Ouganda, où ils aident l'actuel président Museveni, Tutsi lui aussi, à prendre le pouvoir. Réunis au sein du Front patriotique rwandais (FPR), ceux-ci sont soutenus par des Hutu modérés, opposants au régime et vivant à l'intérieur du pays.
- 1991 : Pressé par son opposition et par la vague de démocratisation qui traverse le continent, le président Habyarimana accepte de mettre en place une nouvelle Constitution qui donne naissance à une démocratie pluraliste. Le Conseil national de développement est remplacé par une Assemblée nationale de transition et un poste de Premier ministre est créé.